L’Ouest des Etats-Unis, ses grandes étendues, ses montagnes enneigées, son froid saisissant… Aussi saisissant que l’intrigue de « Blackleaf : fuir ou mourir » (Novice), premier roman d’Isabelle Sallé. En un peu plus de quatre-cent pages haletantes, l’écrivaine nous immerge dans un huis-clos au fin fond du Montana… Dans ce roman choral aux allures de thriller psychologique, le lecteur, oscillant entre différents points de vue de personnages, découvre les différentes facettes d’un même mystère. Un tourbillon addictif dans les coulisses, notamment, des ranchs américains, théâtres de secrets aussi larvés que glaciaux… Isabelle Sallé nous en dit plus.

Comment vous est venue l’idée de cette histoire ?
J’étais à la recherche d’un lieu très isolé, au climat rude. Blackleaf, dans le Montana, s’est vite imposé comme cadre idéal pour développer l’intrigue.
Quant au parcours tragique et infernal de l’héroïne, Blair Tuddlemore, l’inspiration m’est venue après une énième relecture d’ »Emma Bovary« . Transposer un personnage similaire dans un environnement hostile, avec pour proche voisinage une réserve autochtone, m’a paru divertissante pour un polar.
Y a-t-il une part de réel dans votre livre ? Si oui, quel a été le déclencheur pour en faire une fiction ?
Blackleaf : fuir ou mourir est une pure fiction. J’avais envie d’explorer les personnalités de chaque protagoniste. C’est peut-être sur cet aspect que l’on peut y trouver du réalisme. L’héroïne, comme les autres personnages, est fragmentée, polymorphe. Ce sont les failles individuelles, et le conditionnement psychologique qui en découle, que je trouve intéressants et profondément humains.

Il s’agit d’un roman choral : vous décrivez certaines scènes plusieurs fois, en adoptant différents points de vue. Comment vous êtes-vous glissée dans la psychologie de vos personnages ?
En écrivant le premier jet, j’ai travaillé les personnages un par un. Au fil des relectures et de l’affinement de leurs identités, j’ai pu permuter plus facilement d’un caractère à l’autre. J’avais envie qu’une même scène puisse être racontée sous plusieurs perspectives, à la fois visuelles et émotionnelles.
En sondant les personnages, même les plus haïssables, j’ai essayé d’envisager les réactions de chacun selon leur propre schéma de pensée. L’exercice était parfois compliqué pour les personnages masculins. Toutefois, j’ai pris beaucoup de plaisir à développer leurs personnalités et ambivalences.
Les violences conjugales, racontées à la fois du point de vue de la victime et de celui de l’agresseur, constituent l’un des thèmes du livre. Comment avez-vous entrepris de travailler ce point précis ?
Ce qui est saisissant dans un cas de violences conjugales, c’est le silence. Certaines victimes s’isolent par peur de représailles. J’avais envie d’exprimer leur rage contenue, hurler la douleur ressentie, et provoquer la nécessité de résilience.
Mais je voulais également explorer la vision de l’agresseur. Comment passe-t-on de la colère à la violence ? Quel est le point de non-retour? Le thème est malheureusement universel… et criant d’actualité.
Votre roman reprend un certain nombre de codes audiovisuels : un duo d’enquêteurs, un huis-clos angoissant et mystérieux, des scènes très visuelles, à l’instar de la découverte de moutons décapités… Avez-vous été inspirée par des séries ou des films ?
A travers leurs thématiques respectives, les films Fargo et Wind River ainsi que la série True Detective ont été des sources incontestables d’inspiration. J’aime l’écriture visuelle qui accentue l’immersion, sans descriptions exagérées, mais avec des cadrages spécifiques. Le fait de dérouler une histoire dans un univers tridimensionnel m’aide à m’imprégner des éléments qui composent le décor et conditionnent chaque action des personnages.
Vous signez un polar psychologique. Quel est votre maître en la matière ?
Dennis Lehane, sans hésitation. Je suis également une grande fan de Bret Easton Ellis, et de James Ellroy dans un registre plus noir.
Enfin, quelle est votre librairie de cœur ?
J’adore flâner dans les anciennes librairies mais j’ai un véritable coup de cœur pour la Librairie de Paris, place de Clichy.